Deux référentiels, un même objectif
Le WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) et le RGAA (Référentiel Général d'Amélioration de l'Accessibilité) partagent le même objectif fondamental : rendre les contenus web accessibles aux personnes en situation de handicap. Cependant, ils diffèrent par leur origine, leur structure et leur approche. Comprendre ces différences est essentiel pour tout professionnel du web travaillant en France ou à l'international.
En résumé : le WCAG est le standard international, théorique et universel. Le RGAA est sa déclinaison opérationnelle française, concrète et directement applicable. Se conformer au RGAA signifie automatiquement respecter le WCAG au niveau AA. L'inverse n'est pas toujours vrai, car le RGAA ajoute certaines exigences spécifiques au contexte français.
Le WCAG en détail
Origine et gouvernance
Les WCAG sont publiées par le W3C (World Wide Web Consortium), l'organisme international de standardisation du web, à travers son groupe de travail WAI (Web Accessibility Initiative). Le W3C est une communauté internationale qui développe des standards ouverts pour le web. Les WCAG bénéficient d'une large contribution internationale et sont considérées comme la référence mondiale en matière d'accessibilité web.
L'historique des versions est le suivant :
- WCAG 1.0 (1999) — Première version, 14 directives
- WCAG 2.0 (2008) — Refonte majeure, 4 principes, 12 directives, 61 critères. Devenu norme ISO 40500:2012.
- WCAG 2.1 (2018) — Ajout de 17 nouveaux critères, notamment pour le mobile et les handicaps cognitifs
- WCAG 2.2 (2023) — Ajout de 9 critères supplémentaires, focus sur les utilisateurs à mobilité réduite et cognitifs
- WCAG 3.0 (en cours) — Refonte fondamentale prévue avec un nouveau modèle d'évaluation
Structure du WCAG
Le WCAG est organisé en une structure hiérarchique à 4 niveaux :
- 4 Principes — Perceptible, Utilisable, Compréhensible, Robuste (POUR / POUR en anglais : Perceivable, Operable, Understandable, Robust)
- 13 Directives — Chaque principe est décliné en directives qui définissent les objectifs de base
- 78 Critères de succès (WCAG 2.1) — Chaque directive est déclinée en critères testables, répartis en 3 niveaux
- Techniques suffisantes et recommandées — Des méthodes concrètes pour satisfaire chaque critère (non normatives)
Niveaux de conformité WCAG
| Niveau | Description | Nombre de critères (WCAG 2.1) |
|---|---|---|
| A | Niveau minimal. Sans ces critères, certains utilisateurs ne peuvent absolument pas utiliser le site. | 30 critères |
| AA | Niveau recommandé par la plupart des législations. Couvre les besoins de la grande majorité des utilisateurs. | 20 critères (+ les A) |
| AAA | Niveau optimal. Très difficile à atteindre pour l'ensemble d'un site, mais certains critères sont pertinents. | 28 critères (+ les A et AA) |
Le RGAA en détail
Origine et gouvernance
Le RGAA est publié par la DINUM (Direction interministérielle du numérique), rattachée aux services du Premier ministre. C'est un référentiel national français qui traduit les exigences du WCAG dans un format opérationnel adapté au contexte réglementaire français. Le RGAA est un document officiel de l'État français, ce qui lui confère une autorité juridique directe.
L'historique des versions :
- RGAA 1.0 (2009) — Première version, basée sur WCAG 2.0
- RGAA 2.0 (2009) — Mise à jour avec corrections
- RGAA 3.0 (2015) — Refonte majeure, alignement complet sur WCAG 2.0
- RGAA 4.0 (2019) — Mise à jour significative, basée sur WCAG 2.1
- RGAA 4.1 (2021) — Version actuelle, corrections et clarifications
Structure du RGAA
Le RGAA adopte une approche différente du WCAG, plus opérationnelle :
- 13 Thématiques — Images, Cadres, Couleurs, Multimédia, Tableaux, Liens, Scripts, Éléments obligatoires, Structuration de l'information, Présentation de l'information, Formulaires, Navigation, Consultation
- 106 Critères — Chaque thématique contient des critères numérotés (ex : 1.1, 1.2, 3.1)
- Tests — Chaque critère est associé à des tests précis avec une méthodologie détaillée
- Glossaire — Définitions précises des termes techniques utilisés
- Méthodologie de test — Procédures pas à pas pour vérifier chaque critère
Comparaison détaillée
| Aspect | WCAG 2.1 | RGAA 4.1 |
|---|---|---|
| Éditeur | W3C (international) | DINUM (France) |
| Portée | Mondiale | France |
| Base normative | Norme ISO 40500 et EN 301 549 | Basé sur WCAG 2.1 niveau AA |
| Organisation | 4 principes → 13 directives → 78 critères | 13 thématiques → 106 critères |
| Niveaux | A, AA, AAA | Conforme / Partiellement conforme / Non conforme |
| Langue | Anglais (traductions non officielles) | Français |
| Méthodologie de test | Techniques suggérées (non normatives) | Tests précis et méthodologie incluse |
| Mise à jour | Processus W3C (lent, consensus international) | Décret gouvernemental (plus rapide) |
| Force juridique en France | Indirecte (via le RGAA) | Directe (référentiel officiel) |
La relation entre WCAG et RGAA
La relation entre les deux référentiels est une relation de transposition opérationnelle :
- Le RGAA est une méthode technique pour appliquer le WCAG au niveau AA dans le contexte français.
- Chaque critère RGAA est tracé vers un ou plusieurs critères WCAG. La correspondance est documentée dans les annexes du RGAA.
- Le RGAA ne reprend pas les critères WCAG de niveau AAA, mais rien n'empêche de les appliquer volontairement.
- Le RGAA ajoute des exigences de méthode que le WCAG ne spécifie pas : méthodologie de test, constitution de l'échantillon, mode de calcul du taux de conformité.
- Le RGAA impose des obligations documentaires (déclaration d'accessibilité, schéma pluriannuel) qui n'existent pas dans le WCAG.
Correspondance thématique
| Thématique RGAA | Principes WCAG correspondants |
|---|---|
| 1. Images | 1.1 Alternatives textuelles (Perceptible) |
| 3. Couleurs | 1.4 Distinguable (Perceptible) |
| 7. Scripts | 2.1 Clavier, 4.1 Compatible (Utilisable, Robuste) |
| 11. Formulaires | 1.3 Adaptable, 3.3 Assistance saisie (Perceptible, Compréhensible) |
| 12. Navigation | 2.4 Navigable (Utilisable) |
Lequel suivre ?
La réponse dépend de votre contexte :
Vous travaillez en France
Suivez le RGAA. C'est le référentiel officiel qui fait foi en cas de contrôle ou de contentieux. Il a l'avantage d'être en français, avec une méthodologie de test détaillée et un cadre de conformité clair (taux de conformité, déclaration d'accessibilité). En vous conformant au RGAA, vous respectez automatiquement le WCAG au niveau AA.
Vous travaillez à l'international
Suivez le WCAG. C'est le standard reconnu mondialement, référencé par les législations de la plupart des pays (ADA aux États-Unis, EN 301 549 en Europe, etc.). Si votre site est multi-pays, le WCAG est le dénominateur commun le plus pertinent.
Vous travaillez en France avec une audience internationale
Suivez le RGAA pour la conformité légale et documentez votre conformité au WCAG pour la communication internationale. Comme le RGAA est un sur-ensemble opérationnel du WCAG AA, vous couvrez les deux référentiels en un seul effort.
Le contexte européen : EN 301 549
Il existe un troisième référentiel important : la norme européenne EN 301 549, qui est la norme harmonisée à laquelle la directive européenne fait référence. Cette norme reprend intégralement le WCAG 2.1 niveau AA et ajoute des exigences spécifiques pour les logiciels, les applications mobiles et le matériel. Le RGAA 4.1 est aligné sur cette norme européenne.
En pratique, pour un site web en France, l'articulation est la suivante :
- WCAG 2.1 AA — Le standard technique de base (international)
- EN 301 549 — La norme européenne qui inclut WCAG 2.1 AA + exigences logicielles (européen)
- RGAA 4.1 — Le référentiel opérationnel qui décline EN 301 549 avec une méthodologie de test française (national)
Erreurs courantes de compréhension
- "Être conforme WCAG AA suffit en France" — Pas exactement. Vous devez respecter le RGAA, qui inclut des obligations documentaires (déclaration, schéma pluriannuel) que le WCAG ne couvre pas.
- "Le RGAA est plus strict que le WCAG" — Le RGAA ne va pas au-delà du WCAG AA en termes de critères techniques. Il est plus précis sur la méthode, pas plus exigeant sur le résultat.
- "Mon site est conforme WCAG, donc il est conforme RGAA" — Techniquement oui pour les critères, mais vous devez aussi respecter les obligations documentaires et procédurales du RGAA.
- "Le RGAA est obsolète par rapport au WCAG 2.2" — Le RGAA 4.1 est basé sur WCAG 2.1. La mise à jour vers WCAG 2.2 est en cours. En attendant, respecter le RGAA 4.1 est l'obligation légale en vigueur.
Préparer l'avenir : WCAG 2.2 et WCAG 3.0
Le paysage des standards d'accessibilité continue d'évoluer :
- WCAG 2.2 — Publié en octobre 2023, il ajoute 9 critères, notamment sur la taille des cibles tactiles, l'authentification accessible et les modes de saisie alternatifs. Le RGAA devrait être mis à jour pour intégrer ces critères.
- WCAG 3.0 (Silver) — En cours de développement, cette version représente une refonte fondamentale avec un nouveau modèle d'évaluation (scores pondérés au lieu de la conformité binaire), une meilleure prise en compte des handicaps cognitifs et une applicabilité étendue au-delà du web.
En résumé : En France, suivez le RGAA pour votre conformité légale. Le RGAA est la traduction opérationnelle du WCAG — en vous y conformant, vous êtes automatiquement conforme au standard international. Utilisez RGAA Checker pour vérifier votre conformité aux critères des deux référentiels.